écrit le 27/03/2010 à 18:00
par Frédéric Brouquère

FESTIVAL - Bourges, 27/03 portraits sonores : l'oreille voit !

Sous l’œil l’oreille bienveillante de Daniel Deshays et Thierry Genicot, huit participants se sont livrés à un exercice singulier : réaliser des portrait sonores, documents d’un format libre (fiction, documentaire, expérimental), d’une durée maximale de cinq minutes, dans un lieu imposé (cette année, l’abbaye de Noirlac). La règle du jeu en forme de défi : expérimenter l’univers de l’écriture sonore en pensant le son avant l’image.

L’appel de Cthulhu

A 10 heures tapantes ce Samedi matin, d’inquiétants zombies silencieux au teint de night-clubbers mal réveillés / pas couchés ont investi les Beaux-Arts. Tous ont répondu non pas à l’appel de Cthulhu, mais à celui de Daniel Deshays et Thierry Genicot.
Sous l’œil l’oreille bienveillante de cet ingénieur du son et de ce réalisateur radiophonique, huit participants ont créé des portrait sonores, documents d’un format libre (fiction, documentaire, expérimental), d’une durée maximale de cinq minutes, dans un lieu imposé (cette année, l’Abbaye de Noirlac). La règle du jeu en forme de défi : expérimenter l’univers de l’écriture sonore, penser le son avant l’image en cassant leur synchronisation.

Sur un air de Nagra

Armés de magnétos haut de gamme, de caméras et d’appareils photos, les huit portraitistes de l’édition 2010 ont arpenté l’abbaye de Noirlac. Daniel Deshays et Thierry Genicot craignaient que le cadre austère de cette abbaye cistercienne du XIIème siècle soit une contrainte un peu lourde : il n’en n’a rien été, deux exemples pris parmi ces huit portraits singuliers tenteront de vous le montrer.

On s'est connus, on s'est reconnus.
On s'est perdus de vue, on s'est r'perdus de vue
On s'est retrouvés, on s'est séparés
Dans le tourbillon de la vie

Les Jack Bauer du marathon d’écriture du court en 48 heures le savent bien : de la contrainte et de l’urgence jaillit souvent la créativité. Le hasard fait aussi parfois bien les choses, le portraitiste Guillaume Terver peut en témoigner: lors de ses repérages à l’abbaye, Guillaume aperçoit, dans un restaurant, une femme qu’il croit reconnaître. Il déclenche son magnéto, aborde l’inconnue et enregistre la conversation. Au bout de quelques minutes, l’incroyable vérité se fait jour : Guillaume et cette femme ont été en classe à Clermont-Ferrand, l’année du bac, en 1988…
Plus tard, Guillaume filme une classe d’ados que leur professeur rassemble devant l’entrée de l’abbaye pour une photo souvenir. Sur les images des ados qui s’installent et prennent la pose, Guillaume synchronise sa conversation avec son ancienne camarade de classe. Ainsi est né 88, l’un des deux portraits sonores projetés lors de la soirée de clôture du festival.


Pas inspirée ? Bontempi !

Ce bel accident n’est pas isolé : le très court et très frais Blue Mood, de Marine Le Flour, a surpris et pas mal fait rigoler les spectateurs. Ce portrait ne comporte aucune image : sur un fond noir, s’inscrivent seulement des phrases en anglais, en caractères blancs (« …you saw me standing alone / without a dream in my heart… »).
En fond sonore, un bruit d’avion, un chant d’oiseau. Et puis une courte mélodie aigrelette, sorte de son d’orgue à l’écho incongru, suivie des claquements de main dont on ne sait pas si elles battent la mesure (et quelle mesure ?) ou si elles applaudissent. Et puis c’est tout.
En fait, Marine a expliqué être venue à l’abbaye avec un petit orgue Bontempi dont elle ne savait pas jouer. Elle a juste appris à jouer un morceau. Les paroles en anglais qui apparaissent au début et que les mélomanes ont reconnues comme celles de la chanson Blue Moon, sont celles de la mélodie jouée au synthé à la fin. Marine avoue qu’elle n’était "pas très inspirée" et que son portrait sonore se veut un film qui met un moment à démarrer.

Faute avouée est complètement pardonnée : dans la salle, des rires et des applaudissements approbateurs éclatent, et quelqu’un s’exclame « …et c’est réussi ! ».


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