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brève
Quand j‘arrive dans une mecque de cinéma, comme Cannes ou Berlin, mon premier réflexe est d’aller voir tous les films de la sélection… Angoissée de la veille, je me réveille toutes les demi-heures pour vérifier si mon réveil n’est pas tombé en panne. Je saute le petit déjeuner (au cas où un de mes confrères arrive au guichet avant moi) et me presse vers l’entrée du métro. Je râle contre le train parce qu’il n’avance pas assez vite.
Le guichet « Tickets » ouvre tôt et les places sont limitées.
J’ai de la chance, j’ai toutes les invitations !...
La situation décrite ci-dessus est un rêve, ou autrement dit, une situation idéale. Je ne me lève pas tous les jours à 7 heures, et parfois, une journée de sélections parallèles s’impose. Dans ce cas, le choix des films se fait non plus en fonction de mes envies, mais des films délaissés par les autres. Quels sont donc ces films, présents dans le cadre du festival, et qui va les voir ? Contrairement à Cannes, la Berlinale est un festival public, et à condition de réserver en avance, le public se retrouve dans la salle, avec les professionnels, les journalistes et les acheteurs tant convoités.
Please give, que je définirais comme une comédie acide-amère. Hors compétition, ce film est écrit et réalisé par Nicole Holofcener. fille de la décoratrice Carol Joffe et de l’acteur Lawrence Holofcener, belle-fille du caméraman de Woody Allen… Vous l'aurez compris, même aux Etats-Unis, il est plus facile de faire du cinéma si on a un réseau. Le placement du film côté « Hors compét' » reste inexplicable : les critères de la sélection sont vagues et obscurs.
Le film réussit à la longue à recréer la vie d’une famille bobo artistique, vivant à New York, avec ses petits problèmes et ses voisins. La culpabilité d’une femme quant à ce qu'elle possède, dans le monde rempli d’autistes, de sans-abris et de déficients mentaux, est parfois tournée en dérision. Les dialogues sont souvent lents et sans profondeur, mais possèdent un joli style. En soi, c’est un film à voir entre copines, vautrées sur le canapé avec une bouteille de Chardonnay. (hommage à Bridget Jones dont l’interprète est dans le jury berlinois 2010).
Ya, (Moi en français) est un film russe arthouse. Voici typiquement un film de festival, et son réalisateur Igor Voloshine en a pleinement conscience. Le film a déjà eu sa sortie : sur 40 copies pour tout le territoire, il est resté dans les salles une semaine. La Berlinale est pour cette œuvre une chance inespérée d’être vue par un public international. Les petits films ont du mal à survivre en France, mais quand on fait le tour des festivals, on se rend compte que leur destin est difficile partout.
L’action se passe dans les années 80-90 où tout est devenu permis, mais personne n’a indiqué de limite. La jeunesse passée à consommer toutes les formes de drogues mélangées à de l’alcool, se termine souvent à l’asile ou en prison. Les policiers sur place règlent leurs comptes et commettent des actes criminels effrayants de cruauté, ayant pleinement conscience de leur impunité. Le pays est occupé par la question de la survie, et non par la morale ou par les actes de sa police. L’histoire, racontée du point de vue d’un gamin, est à 100% autobiographique. L’auteur avoue d’avoir passé 1 mois et demi en asile pour éviter de faire son service militaire, moyen commun de ne pas tomber entre les mains de l’armée, où le bizutage des nouveaux se terminait souvent par des injures graves, voire la mort, dans un système opaque de loi du plus fort et du plus gradé. Or, Vol au-dessus d’un Nid de Coucou, à qui Ya fait pleinement référence, et qui a été pour les jeunes de l’époque une sorte de manuel de "comportement en asile", s’est avéré très en-dessous de la réalité post-soviétique. Les infirmiers « cassaient » ceux qui franchissaient la porte dès le premier jour, sans attendre les éléments déclencheurs, comme le bris d’une vitre par Jack Nicholson...
Ce film mélange les genres, il est riche en couleurs et frappant de lucidité, mais il a du mal à rencontrer son public. Les petits budgets ne permettent pas de garder l’argent pour la promotion, et les acheteurs courent les blockbusters, même à la Berlinale. Ya passe quatre fois dans le cadre du festival, on verra si il aura de la chance d’être repêché.
Et, pour le dessert, Nénette, un documentaire de Nicolas Philibert. Après Être et Avoir, le réalisateur se lance dans l’aventure d’un autre genre. Le nouveau sujet de son attention est une orang-outan de 40 ans, vivant au Jardin des Plantes. Capturée très jeune, Nénette a passé sa vie à regarder à travers les barreaux de sa cage et à étudier les gens. Avec le temps, elle a acquis l’air d’une sagesse supérieure. À travers ses yeux, le réalisateur nous permet d’avoir un regard sur la société, sur nous, sur l’humanité.
Les documentaires de création constituent un autre groupe d’œuvres « difficiles à vendre ». Honnêtement, qui va payer une place de cinéma, pour aller voir un orang-outan ? La seule réponse valable reste la télévision.
Ce choix éclectique permet de faire un petit constat : de plus en plus de films ouvertement bankables (avec l'accent américain, s’il vous plaît) sont en compétition et en sélection officielle. Les plus honnêtes des grands se retrouvent hors compétition, mais passent en fanfare dans la grande salle du festival (le dernier Scorsese). Les sélections parallèles regroupent donc souvent les oubliés et le patrimoine restauré, mais c’est un autre sujet.
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