DVD - Donne-moi la main de Pascal-Alex Vincent

Deux frères jumeaux quittent leur père et le Nord de la France pour se rendre en Espagne à l’enterrement d’une mère qu’ils n’ont jamais connue.

écrit le 26/10/2009 à 00:00
par Frédéric Davoust

Cette trame sert de base à une quête initiatique sur fond de road-movie et a pour seul objectif de montrer les différences entre deux êtres à priori semblables.

Le souci est que nous avons un film qui est, non sans une pointe de cynisme teintée d’une once de vérité, le niveau zéro du scénario. Les personnages sont caractérisés grossièrement, aucun des ressorts de l’action n’est préparé, beaucoup de choses gratuites, juste parce que cela fait joli ou parce que cela fait genre. (C’est vrai qu’un jeune homme bien fait, dans l’eau d’une rivière, c’est plutôt romantique. Que deux jeunes hommes qui font l’amour à contre jour dans le soleil couchant, contre un arbre, c’est plutôt joli. Qu'une femme qui vit dans une maison isolée dans les bois, qui masturbe un jeune homme endormi, c’est glauque et ça crée une certaine ambiance.) Assez régulièrement, et c’est aussi ce qui sert de climax, les deux frères se battent sans que cela ne soit expliqué. Puis ils reprennent leur chemin comme si de rien n’était. Rien n’est justifié par le fil dramaturgique, et c’est assez désagréable pour le spectateur d’être snobé à ce point.

Comble du travail scénaristique, il n’y a quasiment pas de dialogues, les scénaristes pensant peut-être qu’un bon film se passe de mots.

Tout ce film n’est qu’une suite de plans auquel un pseudo scénario sert de couverture et de justification. Ce n’est pas le scénario qui justifie le plan, mais le plan qui cherche une justification, souvent par une construction intellectuelle alambiquée, dans le scénario .

Une certaine tendance du cinéma français est attirée par des œuvres atypiques, brillantes, en oubliant que leurs réalisateurs sont de bons scénaristes (quand ils ne font pas appel à des scénaristes qui écrivent pour eux). On perçoit assez rapidement que le réalisateur a voulu endosser un costume de cinéaste trop grand pour lui : on pense à Gerry de Gus Van Sant, et à Mallick pour les paysages. C’est oublier que chez Mallick un long plan séquence sur un paysage hypnotisant est préparé en amont par le scénario. Il crée du sens. Dans Donne-moi la main, le réalisateur ne crée que des images.

Ce film est la preuve que le cinéma, surtout le cinéma d’auteur (classé Art et Essai de préférence), ne peut absolument pas se passer d’un scénario qui tienne la route. Et dire qu’il y a trois scénaristes au générique… (sic)

Donne-moi la main, scénario Pascal Vincent, Martin Drouot et Olivier Nicklaus. Réalisé par Pascal Vincent. DVD sorti chez Sony Pictures.


TAGS : CRITIQUE , VINCENT , DROUOT , GAY

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